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Les deux frères – Chapitre III

Conte de Grimm et Alexandre Dumas

Les deux frères – Chapitre III

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Conte pour petits et grands à partir de 5 ans.

Temps de lecture : 23 minutes

Lire le Chapitre I ou le chapitre II

Cependant, les animaux dormaient toujours sur la montagne du Dragon, autour de leur maître, qui dormait, lui, du sommeil de la mort.

Mais voilà qu’une heure environ après que le maréchal eut commis le crime et emmené la princesse, un gros bourdon vint se poser sur le museau du lièvre. Le lièvre, tout en dormant, passa sa patte sur son museau et chassa l’importun. Mais le bourdon vint une seconde fois se poser à la même place. Lelièvre, avec sa patte, toujours dormant, le chassa une seconde fois. Alors le bourdon revint une troisième fois, et, cette troisième fois, ne se contenta point de le chatouiller avec ses pattes, mais le piqua de son aiguillon. — Ouïff ! fit le lièvre en se réveillant. Une fois réveillé, le lièvre réveilla le renard, le renard réveilla le loup, le loup réveilla l’ours, et l’ours réveilla le lion. Mais, quand le lion vit que la princesse était partie et que son maître avait la tête séparée du corps, il se mit à rugir d’une terrible façon en criant :

— Ours, qui a fait cela? et pourquoi ne m’as-tu pas réveillé ?

— Loup, qui a fait cela? demanda l’ours, et pourquoi ne m’as-tu pas réveillé?

— Renard, qui a fait cela? demanda le loup, et pourquoi ne m’as tu pas réveillé?

— Lièvre, qui a fait cela ? demanda le renard, et pourquoi ne m’as-tu pas réveillé ?

Et, comme le lièvre n’avait personne à interroger, ce fut sur lui que tomba la colère des quatre autres animaux. Tous voulaient le tuer, mais lui prit une posture suppliante et leur dit :

— Ne me tuez pas. Je connais un petit bois, au haut d’une petite colline, dans lequel pousse la racine de vie. Celui à qui l’on met cette racine dans la bouche est guéri de toute maladie et même de toute blessure, et son corps eût-il été séparé en deux tronçons, rien qu’en lui mettant cette racine dans la bouche et en rapprochant les deux tronçons, ils se rejoindraient.

— Où est ce bois? demanda le lion.

— A deux cents lieues d’ici, répondit le lièvre.

— Je te donne vingt-quatre heures pour aller et revenir, dit le lion ; va donc, et rapporte un bon morceau de racine. Le lièvre se mit à courir de toutes ses forces, et, au bout de vingt-quatre heures, il était de retour avec une racine de la longueur et de la forme d’une betrave. Le lion dit à l’ours :

— Toi qui es adroit, rajuste la tête de notre maître, tandis que je le maintiendrai debout, et le lièvre, monté sur les épaules du loup, lui introduira la racine dans la bouche. Les quatre animaux se mirent à l’œuvre avec une grande émotion, car ils aimaient leur maître de tout leur cœur ; aussi furent- ils bien joyeux lorsque, le lièvre ayant introduit la racine de vie dans la bouche de Gottlieb, la tête et le corps se rejoignirent, que le cœur battit et que la vie fut revenue.

Seulement, une dernière crainte leur restait, c’est que la tête n’eût pas bien repris. Le renard chatouilla le nez de Gottlieb avec sa queue, Gottlieb éternua: la tête ne bougea point. L’opération avait donc réussi.

Alors le chasseur demanda à ses animaux ce qu’était devenue la princesse et quel événement était arrivé qui les tenait tous si préoccupés. Les animaux lui racontèrent tout, sans cacher leur faute, que leur dévouement, du reste, venait de racheter. Tout à coup, le lièvre poussa un cri de terreur.

— Maladroit! dit-il à l’ours, qu’as-tu fait ?

L’ours regarda Gottlieb et faillit tomber à la renverse. Il lui avait recollé la tête, mais, dans son émotion, la lui avait recollée à l’envers, de sorte que le pauvre chasseur avait la bouche dans le dos, et la nuque du côté de la poitrine.

Par bonheur, le lion avait recommandé au lièvre de rapporter un bon bout de racine, et le lièvre, comme nous l’avons vu, avait suivi la recommandation. L’ours plaça le sabre de Goliath, qui coupait comme un rasoir, le tranchant en l’air. Le renard, qui était adroit comme un singe, ajusta sur la lame le cou juste à l’endroit où il avait déjà été coupé. Le lion appuya sur la tête, qui se détacha presque sans douleur, et, cette fois, avec plus de précautions que la première, la tête fut rajustée, mais à l’endroit, et, grâce à la racine de vie, se recolla immédiatement.

Mais Gottlieb était triste, et souvent il disait au lion en soupirant :

— Pourquoi n’as-tu pas laissé ma tête et mon corps séparés l’un de l’autre?

Et, en effet, il croyait que c’était la princesse qui, pour ne pas l’épouser, lui avait fait couper le cou pendant son sommeil. Il se mit donc à parcourir le monde, montrant ses animaux, et chacun accourait voir ce lion qui avait un collier d’émeraudes, cet ours qui avait des boucles d’oreilles de diamants, ce loup qui avait un bracelet de perles, et ce renard et ce lièvre qui avaient, l’un une bague de rubis, l’autre une bague de saphir.

Une année passa tout juste, et il était maintenant de retour dans la même ville où il avait délivré la fille du roi du dragon à sept têtes. Seulement, cette fois, toute la ville était tendue d’écarlate.

Il demanda alors à son hôtelier :

— Que signifie cela? Il y a un an, votre ville était tendue de noir, et aujourd’hui elle l’est de rouge. L’aubergiste répondit :

— Vous rappelez-vous qu’il y a un an la fille du roi devait être livrée au dragon?

— Parfaitement, dit Gottlieb.

— Eh bien, le maréchal a combattu et vaincu le monstre, et, demain, on va célébrer son mariage avec la fille du roi ; voilà pourquoi il y a un an la ville était en deuil ; voilà pourquoi aujourd’hui elle est en fête.

Le lendemain, jour de la noce, le chasseur dit à l’aubergiste :

— Voulez-vous parier, mon hôte, qu’aujourd’hui je mangerai du pain de la table du roi?

— Je parie cent pièces d’or que cela ne sera point, répondit l’aubergiste.

Le chasseur tint le pari et déposa un sac contenant la somme pariée; puis il appela le lièvre et lui dit :

— Mon bon petit coureur, va vite me chercher du pain dont le roi mange.

Comme le lièvre était le plus petit et le moins important de la troupe, il ne put charger aucun autre de la commission, et force lui fut de la faire lui-même.

— Aïe, aïe! pensa-t-il, quand je vais courir tout seul par les rues de la ville, tous les chiens des quartiers par lesquels je passerai vont se mettre à mes trousses.

Ce qu’il avait prévu arriva; au bout de cinq minutes de course, il eut à sa queue une véritable meute de chiens de toute espèce, dont l’intention bien visible était de lui entamer la peau. Mais lui courut et sauta si bien, que c’était à peine si on le voyait passer; enfin, poussé à bout, il finit par se glisser dans une guérite si adroitement, que le factionnaire ne s’aperçut pas qu’il n’était plus seul. Les chiens voulurent l’y poursuivre. Mais le factionnaire, ne sachant pas à qui toute cette meute en avait, et croyant que c’était à lui, distribua aux chiens force coups de crosse et même quelques coups de baïonnette. Les chiens se dispersèrent en hurlant.

Dès que le lièvre vit que le passage était redevenu libre, il s’élança hors de la guérite, au grand étonnement du soldat, et, d’un seul saut arrivant au palais, alla droit à la princesse, et, se glissant sous sa chaise, il lui gratta doucement le pied. La princesse crut que c’était son chien favori; mais, comme elle était dans une de ces dispositions d’esprit où tout vous importune :

— Allez-vous-en. Phoenix ! dit-elle, allez- vous-en !

Mais le lièvre gratta de nouveau, et la princesse lui dit encore :

— Veux-tu t’en aller, Phoenix ! Le lièvre continua de gratter. Alors la princesse se pencha et regarda. Le lièvre alors lui montra la patte où était sa bague. La princesse reconnut le rubis qu’elle avait donné au lièvre de son libérateur. Elle prit le lièvre contre sa poitrine et l’emporta dans sa chambre.

— Cher petit lièvre, lui demanda-t-elle, que me veux-tu ?

— Mon maître, qui a tué le dragon, est ici, lui dit-il, et il m’envoie pour chercher un des pains que le roi mange. Toute joyeuse, la princesse fit venir le boulanger, et lui commanda de faire apporter un des pains de la table du roi.

— Mais il faut aussi, dit le lièvre, que le boulanger me rapporte chez mon maître, afin que les chiens ne mangent pas mon pain, et moi avec. Le boulanger prit le lièvre et un des pains du roi dans son tablier et les porta jusqu’à la porte de l’auberge. A la porte de l’auberge, le lièvre prit le pain entre ses pattes de devant, se dressa sur ses pattes de derrière, et porta en sautillant le pain à son maître.

— Voyez, mon hôte, dit le chasseur, les cent pièces d’or sont à moi. Voici le pain que le roi mange, et la preuve, c’est qu’il est à ses armes. L’hôtelier resta tout étonné : mais son étonnement redoubla lorsqu’il entendit le chasseur ajouter :

— J’ai le pain du roi, voilà qui est bien, mais maintenant je veux avoir du rôti du roi.

— Ah! je voudrais bien voir cela ! dit l’aubergiste ; seulement, je ne parie plus. Gottlieb appela son renard et lui dit :

— Mon petit renard chéri, va vite me chercher un peu du rôti dont le roi mange. Maître renard était bien autrement fin que son ami le lièvre ; il s’élança dans une ruelle, prit des chemins détournés, et fit si bien, que pas un chien ne le vit. Il pénétra comme le lièvre dans le palais, comme le lièvre se plaça sous la chaise de la fille du roi, et lui gratta le pied. Elle se pencha et vit le renard entre les bâtons de la chaise, et sa patte où était la bague de saphir que la princesse lui avait donnée. Aussitôt, la princesse l’emmena dans sa chambre, où, à peine entrée, elle lui demanda :

— Mon cher renard, que me veux-tu?

— Mon maître, répondit le renard, celui qui a tué le dragon, est ici, et m’envoie pour vous prier de me donner du rôti que mange le roi.

Elle fit venir le cuisinier, et lui ordonna de mettre dans un panier le renard et un morceau de rôti du roi, et de porter l’un et l’autre jusqu’à la porte de l’auberge, ce qui fut ponctuellement exécuté. Là, le renard prit le plat des mains du cuisinier, en chassa les mouches avec sa queue et l’apporta à Gottlieb.

— Tenez, mon hôte, dit le chasseur, voici déjà le pain et le rôti; maintenant, je vais envoyer chercher des légumes de la table du roi. Appelant alors le loup, il lui dit :

— Mon bon petit loup, va vite au palais, et rapporte-moi des légumes dont le roi mange. Le loup courut tout droit au palais, car lui n’avait pas peur d’etre attaqué. Il entra jusque dans la chambre de la princesse, et, la tirant par sa robe, il la força de se retourner. Elle le reconnut à son bracelet de perles, le caressa, et, comme elle était seule, elle lui dit :

— Mon cher petit loup, que veux-tu?

— Mon maître, répondit le loup, celui qui a tué le dragon, vous fait demander quelques légumes dont mange le roi. Elle fit de nouveau appeler le cuisinier, lui commanda de porter des légumes dont mange le roi jusqu’à la porte de l’auberge. Le cuisinier se mit en route, suivi du loup comme d’un chien. A la porte de l’hôtellerie, il remit le plat au loup, qui le porta à son maître.

— voyez, mon cher hôte, dit Gottlieb, voilà déjà du pain de la table du roi, du rôti de la table du roi, des légumes de la table du roi ; mais mon dîner restera incomplet si je n’ai pas des friandises dont mange le roi. Et, appelant son ours :

— Mon petit ours, lui dit-il, toi qui te connais si bien en miel, en bonbons et en gâteaux, va au palais et apporte-moi quelque bonne friandise de la table du roi. L’ours partit au petit trot, se cachant encore moins que le loup; car, bien loin d’être inquiété par qui que ce fût, il faisait fuir tout le monde sur son passage. Arrivé à la porte du palais, la sentinelle croisa la baïonnette devant lui, refusant de le laisser entrer dans le palais ; et, comme l’ours insistait en grognant, la sentinelle appela le poste. Mais l’ours se dressa sur ses pattes de derrière et distribua tant et de si vigoureux soufflets à droite et à gauclie, que les soldats du poste roulèrent pêle-mêle à terre ; après quoi, l’ours entra tranquillement, vit la princesse, se plaça derrière elle et grogna d’une façon tout à fait gentille. La princesse se retourna à ce grognement, qu’elle se souvenait avoir déjà entendu quelque part, et reconnut l’ours à ses boucles d’oreilles en diamant. Elle le conduisit alors dans sa chambre et lui dit :

— Mon gentil petit ours, que me veux-tu?

— Mon maître, dit l’ours, celui qui a tué le dragon, m’envoie ici, et vous prie de lui donner des sucreries dont mange le roi. La princesse fit venir le confiseur, et lui ordonna de porter jusqu’à la porte de l’hôtel un plateau couvert de sucreries de la table du roi. Arrivé là, l’ours commença de ramasser du bout de la langue tous les bonbons qui étaient tombés à terre, puis, se dressant debout, prit le plateau et le porta à son maître.

— Ali ! ali ! monsieur l’aubergiste , dit Glottlieb, voici nos friandises qui arrivent. J’ai donc maintenant du pain, du rôti, des légumes et du dessert de la table du roi ; maintenant, il me faudrait du vin dont le roi boit; car je ne saurais manger toutes ces bonnes choses sans boire. Il appela donc son lion et lui dit :

— Mon bon petit lion, va au palais et apporte-moi du vin dont le roi boit à sa table. Le lion se mit aussitôt en route pour aller au palais; à sa vue, chacun commença de se sauver à toutes jambes, les boutiquiers fermèrent leurs boutiques et toutes les portes furent closes. Lorsque le lion parut devant le palais, tout le poste prit les armes et voulut l’empêcher d’entrer ; mais le lion poussa un seul rugissement, et tout le poste prit la fuite. Il entra donc au palais sans empêchement, arriva à la porte de la tille du roi, et frappa avec sa queue ; la princesse vint ouvrir et fut d’abord si effrayée, à la vue du lion, qu’elle recula ; mais elle le reconnut bientôt au collier d’émeraudes qu’il portait au cou et qui venait d’elle ; elle le fit entrer et lui dit :

— Mon cher lion, que veux-tu ?
— Mon maître, répondit le lion, celui qui a tué le dragon, m’envoie à vous pour vous prier de lui envoyer du vin dont boit le roi. La princesse fit aussitôt venir le sommelier, et lui dit d’aller à la cave tirer du vin du roi, et de le porter jusqu’à l’auberge. Le sommelier descendit à la cave ; mais le lion dit :

— Un instant, ami sommelier, je connais les gens de ton espèce, et je descends à la cave avec toi, afin de voir ce que tu vas me donner. Il suivit donc le sommelier à la cave, et comme, arrivé là, le sommelier, croyant le tromper facilement, voulait lui tirer du vin que les domestiques buvaient à l’office, le lion lui dit :

— Hâlte-là, camarade! il faut que je me montre digne de la confiance que mon maître a eue en moi, et que je déguste le vin avant de le lui porter. Il en tira donc un demi-broc et l’avala d’un trait; mais, secouant la tête :

— Ah ! ah ! dit-il, c’est comme cela que tu voulais m’en donner à garder, drôle? D’autre vin, et lestement ! Celui-là est bon pour les domestiques, tout au plus. Le sommelier regarda le lion de travers, mais n’osa rien dire; il le conduisit donc à une autre tonne réservée au maréchal du roi. Mais le lion lui dit :

— Halte-là ! il faut que je déguste. Et il en tira un autre demi-broc, l’avala d’un trait, fit clapper sa langue, et, un peu plus satisfait, dit :

— Il est meilleur que l’autre, mais ce n’est pas encore le vrai.

Là-dessus, le sommelier se fâcha, et dit :

— Que peut comprendre au vin un animal aussi stupide que toi ?

Mais il n’avait pas achevé cette phrase, que le lion lui avait envoyé un coup de queue et l’avait fait rouler à l’autre extrémité du caveau.

Le sommelier se releva, et, sans souffler mot, le conduisit à un petit caveau où était le vin réservé à Sa Majesté, et dont jamais aucune autre personne n’avait bu. Le lion, après avoir bu un demi-broc de vin pour le déguster, hocha la tête de haut en bas, en signe de satisfaction, et dit :

— Oui, en effet, celui-là doit être bon. Il en fit donc remplir six bouteilles; après quoi, il remonta, suivi du sommelier ; mais, quand il fut dans la cour, le grand air agit sur lui, et il commença d’aller tellement de travers, que le sommelier fut obligé de porter le panier jusqu’à l’auberge, dans la crainte que le lion ne cassât les bouteilles ou ne se les laissât voler. Là, le sommelier lui mit le panier dans la gueule, et le lion le porta à son maître. Alors le chasseur dit :

— Voyez, monsieur l’aubergiste, j’ai là du pain, du vin, du rôti, des légumes, du dessert de la table du roi.

 

Pieter Claesz – 1598-1660

 

Je vais donc dîner comme un roi avec mes bêtes. Et, ce disant, il se mit à table, donnant au lion, à l’ours, au loup, au renard et au lièvre chacun sa part du dîner, et il mangea bien, but bien, étant de joyeuse humeur, car il avait pu reconnaître, à la promptitude qu’elle avait mise à remplir ses souhaits, que la princesse l’aimait toujours. Le repas terminé, il dit à l’aubergiste :

— Monsieur l’aubergiste, maintenant que j’ai mangé et bu de ce que le roi mange et boit, je veux aller au palais et épouser la fille du roi.

— Comment cela se pourrait-il? demanda l’aubergiste. La princesse est déjà fiancée, et, aujourd’hui meme, le mariage doit se célébrer. Alors le chasseur tira de sa poche le mouchoir de la princesse, qui contenait les sept langues des sept têtes du dragon.

— Ce que j’ai là dedans, dit-il à l’aubergiste, m’aidera dans mon projet, si fou qu’il vous paraisse. L’aubergiste ouvrit de grands yeux et dit :

— Je crois volontiers à tout ce que l’on me raconte ; mais, quant à épouser la fille du roi, je parierais bien ma maison et mon jardin que vous ne l’épouserez pas.

Le chasseur prit un sac contenant mille pièces d’or et dit :

— Voici mon enjeu contre votre propriété.

Pendant que ce que nous venons de raconter se passait à l’auberge, le roi, étant à table, dit à sa fille :
— Que te voulaient donc toutes ces bêtes qui sont venues vers toi, sont entrées dans mon palais et en sont sorties?
— Je ne puis le dire, répliqua la princesse; mais envoyez chercher leur maître, vous ferez bien. Le roi envoya aussitôt un de ses domestiques dire au chasseur de venir au palais. Le domestique arriva à l’auberge juste au moment où le chasseur venait de conclure le pari avec l’aubergiste. Alors le chasseur dit à l’aubergiste :
— Tenez, mon cher hôte, voici déjà le roi qui m’envoie un de ses serviteurs pour m’inviter à l’aller voir; mais je ne vais pas voir le roi si facilement. El, se tournant vers le messager :
— Retourne et dis au roi, répondit-il, qu’il veuille bien m’envoyer des habits de gala, une voiture attelée de six chevaux, et une escorte pour me faire honneur. Lorsque cette réponse fut transmise au roi par le messager, le roi demanda à sa fille :

— Que dois-je faire?

— Faites ce qu’il vous demande, répondit- elle, et vous ferez bien. Alors le roi envoya au chasseur des habits de gala, une voiture attelée de six chevaux et une escorte. Lorsque Gottlieb aperçut la voiture royale :
— Tenez, mon hôte, dit-il, voici que l’on vient me chercher comme je le désirais. Et il endossa les habits de gala, monta dans la voiture et se rendit au palais. Lorsque le roi le vit venir, il dit à sa fille :
— Comment dois-je le recevoir?
— Allez au-devant de lui, mon père, dit la princesse; vous ferez bien. Le roi alla donc au-devant du chasseur et l’introduisit dans le palais, lui et ses bêtes. Comme on était en grande assemblée, le roi le fit placer entre lui et sa fille, en face du maréchal ; mais celui-ci ne le reconnut pas, bien qu’il lui eût coupé la tête. Ce fut alors que l’on exposa aux regards des convives les sept têtes du dragon. Le roi dit :

— Ces sept têtes sont celles du dragon que le maréchal a tué; c’est pourquoi, aujourd’hui, je lui donne ma fille en mariage. Alors le chasseur se leva, ouvrit les sept gueules, et dit :

— Voilà bien les sept têtes du dragon, mais où sont les sept langues ?

Le maréchal, qui n’avait pas remarqué l’absence des langues, parce que jamais il n’avait osé ouvrir les gueules du dragon, pâlit, et répondit en balbutiant :

— Les dragons n’ont pas de langue.

Le chasseur regarda fixement le maréchal, et dit :
— Ce sont les menteurs qui n’en devraient pas avoir ; mais les dragons en ont, et ce sont les sept langues du dragon qui sont le témoignage du triomphe du vainqueur.

Et, dénouant le mouchoir que lui avait donné la princesse, il montra les sept langues ; puis, les prenant les unes après les autres. il plaça chacune d’elles dans la gueule à laquelle elle appartenait, et toutes ces langues s’ajustèrent parfaitement. Puis, secouant le mouchoir, il demanda à la princesse si elle se rappelait l’avoir donné à quelqu’un.

— Je l’ai donné à celui qui a tué le dragon, répondit la princesse. Alors le chasseur appela le lion, et lui ôta son collier d’émeraude ; l’ours, et lui ôta ses boucles d’oreilles de diamant; le loup, et lui ôta son bracelet de perles ; le renard et le lièvre, et leur ôta leurs bagues. Puis, montrant tous ces bijoux à la princesse :

— Connaissez-vous ces bijoux? lui demanda-t-il.

— Certainement, répondit la princesse, puisque c’est moi qui les ai partagés entre les animaux qui ont aidé dans sa lutte celui qui a tué le dragon.

— Et quel est celui qui a tué le dragon? demanda enfin Gottlieb.

— C’est vous, répondit la princesse.

— Mais comment cela s’est il fait, que vous ne vous soyez points vanté de la victoire, et que vous n’ayez pas réclamé la main de ma fille? demanda le roi.

— Comme j’étais fatigué, je me suis couché et endormi, répondit Gottlieb, et alors le maréchal est venu et m’a coupé la tête. Puis il a entraîné la princesse et s’est fait passer pour le vainqueur du dragon. Mais le véritable vainqueur, c’est moi, et je le prouve par les langues, le mouchoir et les bijoux.

Puis, comme quelques incrédules s’étonnaient qu’ayant eu la tête coupée par le maréchal, il se portât si bien, il raconta de quelle façon ses animaux l’avaient ressuscité, comment il avait couru le monde pendant un an avec eux, et comment enfin il était revenu dans la capitale du royaume, où il avait appris de son hôte la fourberie du maréchal. Alors le roi demanda à sa fille :

— Est-il vrai que ce soit ce jeune homme qui ait tué le dragon?

— Oui, c’est vrai, répondit celle-ci. J’avais juré, j’ai donc dû me taire ; mais, aujourd’hui que, sans ma participation, l’infamie du maréchal est connue, je puis parler. Oui, ajouta-t-elle en montrant Gottlieb, oui, voilà le vainqueur du dragon, et c’est bien à lui que j’ai donné mon mouchoir, et c’est bien à ses animaux que j’ai donné mes bijoux.

 

MAROT François (1666 – 1719)

 

Voilà pourquoi j’avais demandé un an et un jour avant d’épouser le maréchal, espérant que, dans l’espace d’un an et un jour, la lumière se ferait.

Alors le roi assembla un conseil composé de douze conseillers, pour juger le maréchal, lequel fut condamné à être écartelé par quatre boeufs. Le jugement fut exécuté, à la grande satisfaction des sujets du roi, qui détestaient le maréchal. Le roi donna sa fille en mariage au chasseur, et le nomma gouverneur général de tout le royaume. Les noces furent célébrées avec une grande magnificence, et le jeune gouverneur fit venir près de lui son père et son père adoptif.

Il n’oublia pas non plus l’hôtelier , et, l’ayant appelé à la cour, il lui dit :
— Eh bien, mon hôte, voici que j’ai épousé la fille du roi et que, par conséquent, votre jardin et votre maison m’appartiennent.
— Oui, dit l’hôtelier, c’est selon la justice.
— Non, dit le jeune gouverneur, cela sera selon la clémence. Garde ta maison et ton jardin, et, par-dessus le marché, prends encore les mille pièces d’or.

Peut être croyez-vous, mes chers petits enfants, que mon histoire finit ainsi ; détrompez-vous. Plus tard, vous apprendrez une vérité bien triste : c’est que, quand on croit toucher au suprême bonheur, on est souvent près de tomber dans la plus cruelle infortune.

 

À suivre…

FIN

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